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S comme Scarlett (Late February 11th FFF)

I was invited (well, not personally, but still…) to join the Fandango’s Friday Flashback!

Fandango scrolls back, every Friday, and gives a second chance to a post he had published on the same date, years before. I thought it was a great way to remember some of the stuff I did a while back, and I decided to participate…

So here it is!

Written on February 11th of 2018, here is a little piece of fiction with a bitter-sweet twist. I know that it is a bit risky to (re)post the original French version of it, but I really think that it is much better written than its English translated version. I hope you’ll enjoy it (again), and I wish you’re safe and well, wherever you are…

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Le vent soufflait depuis plusieurs jours déjà, secouant les fenêtres du manoir, sans relâche. La tempête rageait furieusement. Mais la vrai tourmente prenait place entre les murs de l’antique demeure.

Dans son boudoir, assise devant le miroir de plein pied, elle brossait sa longue chevelure en silence. Même par ces soirs, où elle n’espérait pas la moindre visite, elle tenait à être à son avantage. Au milieu de la pièce toute tendue de sombres draperies, elle brillait comme une flamme. Sa toilette écarlatte parfaitement agencée au rouge de ses lèvres attirait la douce lumière des chandelles éclairant sa retraite.

Les courbes parfaites de sa silhouette en avait attiré plus d’un, et elle avait soupiré dans les bras de bien des hommes… Mais elle se réservait maintenant, et même si les déclarations sulfureuses s’empilaient sur sa table de nuit, elle n’avait donné suite à aucune d’entre elles.

Elle avait bien décacheté chaque enveloppe à la hâte, glissant la lame tranchante de son coupe papier. Elle souriait toujours au souvenir d’avoir vu le même poignard guider un amant décevant, à son dernier souffle. Drôle de façon de l’éconduire, peut-être. Mais on n’apprivoisait pas l’intensité de Miss Scarlett.

Lui avait su, mais elle l’avait amèrement regretté.

A chaque enveloppe entre-ouverte, elle allait droit à la signature. Chaque missive signée d’un autre nom que le sien, était lancée sur la pile, recevant une fin de non-recevoir sans  retour. Les aveux de désirs brûlants, qu’elle avait longtemps collectionnés, abandonnés dans la plus grande indifférence.

 -Toujours rien, Miss Scarlett?

Scarlett n’avait pas entendu la bonne entrer, perdue dans ses pensées…

-Blanche, je vous ai demandé mille fois de m’appeler Joséphine.

La diversion à peine subtile voulait tout dire. Il ne lui avait pas écrit encore, et elle ne désirait pas s’étendre sur le sujet. Pour cacher un larme née, par mégarde au coin de son oeil, elle se pencha pour glisser ses mains effilées dans le pan de sa jupe, feignant de replacer son bas résille, aussi noir que l’iris de ses yeux.

Peut-être demain, Mademoiselle?

L’effort était louable, mais absolument vain.

Scarlett récupéra son élégant fume-cigarette, sur la maquilleuse, et se pencha sur la flamme d’une chandelle pour tirer une première bouffée qu’elle souffla dans ce qui ne pouvait être qu’un long soupir. Ses doigts jouant habilement du long bâtonnet, elle chassa Blanche de ses pensées.

Depuis son départ, elle avait développé ce curieux don. Sans crier gâre, elle s’évadait bien au delà de la réalité décevante où elle errait habituellement.

Presqu’en transe, elle sentait sa présence se préciser. D’abord cette odeur mâle et musquée qu’elle avait cueillie si souvent à même sa peau tanée. Puis elle pouvait le voir à nouveau. Sa silhouette d’abord, dans un coin de la pièce. Sa haute et large carrure se détachait lentement des tapisseries sombres, et rapidement, elle pouvait le distinguer aussi clairement que s’il s’était tenu en chair et en os devant elle.

Prise d’un soudain débordement d’émotion, ses lèvres s’échapèrent…

-Colonel, vous….

Réprimant son premier élan, elle se refusa de courir à lui, pour se coller à son torse comme une désespérée. Au lieu de cela, elle roula des hanches, offrant son meilleur profil dans la pénombre, et ne le regardant pas directement, remarqua le fusil de chasse qu’il tenait toujours à la main. Les doigts noueux du Colonel effleuraient la crosse, rappelant à Scarlett la douceur de ses caresses…

Avançant à pas feutrés vers lui, elle espérait secrètement qu’il l’accueille entre ses bras, se penche à son oreille pour lui sussurer de pâles excuses qu’elle accepterait comme une gamine avant de le laisser l’entraîner dans la chambre attenante pour reprendre leur histoire là où ils l’avaient laissée… Mais rien n’était si simple avec le très célèbre Colonel Moutarde.

Son regard d’acier n’avait pourtant pas perdu un seul des mouvements de la mystérieuse Miss Scarlett, et elle se méprit presqu’à croire qu’il avait de la tendresse dans les yeux. Maintenant à un souffle de lui, elle jeta la tête en arrière, ses boucles dansant sur ses épaules, ses lèvres pourpres offertes comme une rose à peine éclose.

Juste comme le Colonel pliait sous la beauté de sa douce retrouvée, et au moment même où il commençait à se pencher sur son visage d’ivoire, Scarlett se ressaisit.

Empoignant le fusil des mains distraites du Colonel Moutarde, elle recula d’un pas et brandit le mousquet sous son nez. Avec une agileté qui le saisit, elle révisa le tir, et posa la pointe du canon sur sa gorge.

La poitrine de Joséphine se soulevait avec chaque inspiration, l’excitation d’avoir la vie de son vieil amant au bout de l’arme puissante. Leur histoire en avait toujours été une d’amour-haine paradoxale, balançant sans cesse entre une luxure dévorante et le besoin animal de s’entretuer.

-Avez vous réellement cru pouvoir m’abandonner ainsi sans en payer le prix, très cher Colonel?

Le fusil toujours braqué tout juste sous le menton, il sourit, un brin de fierté dans le regard.

-Ma douce, ma très chère amie… Vous n’oseriez pas.

Le doigt sur la gachette, elle hésitait.

Un bruit de tonnerre résonna dans la piece. Scarlett fut instantanément tirée de sa rêverie. La foudre avait frappé tout près du manoir, secouant les vitres du boudoir. Balayant du regard la pièce où elle se tenait seule à nouveau, elle remarqua la sihouette de Blanche, dans l’embrasure de la porte.

-Le dîner est servi, Mademoiselle Joséphine.

Scarlett éteignit sa cigarette, et lissa le velour de sa robe avant de se diriger vers la salle à manger…

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You can visit the original post here.

3 thoughts on “S comme Scarlett (Late February 11th FFF)

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